Aliénation Parentale

Le processus de domination à la base de l'aliénation parentale est toujours le même. L'abuseur prend soin de s'attaquer à quelqu'un de plus faible. Il l'assujettit psychologiquement. Dans un premier temps, il parvient à faire en sorte que l'abus soit perçu par la victime comme un mal nécessaire; ensuite comme quelque chose de normal et même de souhaitable. La victime finit par accepter son état et collabore activement avec l'abuseur pour l'entretenir. Les mécanismes d'identification à l'agresseur et de projection de l'agressivité sur des cibles vulnérables sont utilisés par la victime, lui permettant de reproduire l'abus sur un mode actif. À ce stade, le clivage de la personnalité est obtenu et la victime de l'abus est potentiellement un futur abuseur.

„ Dans un processus d’aliénation parentale les enfants sont les premières victimes : non seulement ce conflit affecte considérablement leur devenir psychique, mais ils deviennent aussi complices de l’élimination du parent rejeté, à laquelle ils ont participé activement.
Il est important de repérer tôt le glissement du normal lors d’une séparation conflictuelle (difficulté à trouver sa place de parent) vers le pathologique (instrumentalisation de l’enfant le conduisant à rejeter l’autre parent), car cette rupture de lien représente un abus émotionnel grave pour l’enfant.
L’aliénation parentale constitue un abus de faiblesse parce qu’un enfant, par essence vulnérable, n’a pas la maturité suffisante pour s’affranchir d’un tel conflit. “

- Marie-France Hirigoyen -

Comme le souligne Marie-France Hirigoyen,  parler d’abus de faiblesse, c’est s’interroger sur les notions de consentement, de soumission et de liberté. 

« Le consentement d’une personne est-il toujours le signe d’un véritable accord ? Cette personne possède-t-elle tous les éléments nécessaires à son choix ? Son consentement suffit-il pour dire que l’acte est licite ? La réponse à ces questions va au-delà du droit et convoque la morale et la psychologie. Quelles sont, précisément, les limites de ce qui est acceptable sur le plan moral ? Que dire de ces situations où l’abus de faiblesse n’est pas patent au niveau légal et donc pas sanctionnable, mais où, incontestablement, il y a eu manipulation et violence psychique pour obtenir un consentement ? » Marie-France Hirigoyen

Les cinq questions que pose Marie-France Hirigoyen permettent de mieux cerner les implications et conséquences potentielles de l'aliénation parentale. Le consentement de l'enfant n'est pas le signe d'un vrai accord, car il n'a pas la liberté de choisir. Dans la vie de tous les jours de nombreux adultes sont certes confrontés à des situations de soumission dont ils se passeraient bien, mais elles résultent dans la majeure partie des cas d'engagements librement consentis qui leur procurent des compensations et qui ne restreignent par ailleurs pas leur autonomie physique dans leur vie privée. Finalement, ils ont la possibilité d'atténuer ou de suspendre cette contrainte. 
Contrairement à l'enfant qui se trouve entièrement conditionné, dans son intimité même, par ce que le parent aliénant exige de lui. Le comportement de ce parent n'est pas punissable en raison de son droit de propriété sur l'enfant. S'il agissait de la même manière avec un enfant qui ne lui appartenait pas, il contreviendrait aux lois en vigueur et la violence qu'il exerce pour parvenir à son but serait condamnable. 
Il est significatif de constater que les parents aliénants se prévalent du fait qu'ils sont les pères ou les mères des enfants qu'ils abusent pour prétendre à une totale impunité. La moralité de ces parents est uniquement déterminée par ce qu'ils considèrent être le droit inaliénable d'éduquer leurs enfants comme bon leur semble selon un modèle coercitif fondé sur la domination et le chantage affectif. Ces parents ne sont pas là pour prendre soin de leurs enfants et les aider à grandir dans la joie du partage et de l'acceptation de l'autre, mais pour prendre une revanche contre leur passé en se servant d'êtres vulnérables et sans défense. La violence que ces parents exercent sur leurs enfants n'est pas condamnable, puisqu'elle se réalise par ailleurs la plupart du temps derrière les portes closes d'un logis, donc à l'abri des regards indiscrets. La loi du silence règne dans les familles où sévissent des parents abusifs. Qu'ils agissent en tandem ou seuls, ils dissimulent leurs actes aux yeux du public et essaient par compensation de se donner une belle image de respectabilité. Le mode opératoire du parent aliénant est donc très analogue à celui d'un délinquant ou d'un criminel utilisant la dissimulation et la tromperie pour continuer d'agir en toute impunité. 

La sujétion psychologique

Si l'on se place du point de vue d'un individu immature et perturbé qui a une revanche à prendre contre son passé, on comprend aisément qu'il cherche inconsciemment des situations propices à récupérer son amour-propre, dans lesquelles il peut jouer le beau rôle. Or ceci n'est pas toujours possible dans une interaction avec un adulte indépendant qui ne va pas marcher dans la combine et qui va refuser d'être un simple faire-valoir. Par contre un enfant est la cible idéale. La malveillance du parent abusif se transforme comme par miracle en preuve de son contraire. Le contrôle coercitif devient de l'attachement et du dévouement. La volonté d'écarter et de punir les gêneurs, qui sont en réalité les seuls à pouvoir protéger et sauver l'enfant, est faussement interprétée comme le souci de préserver l'enfant des mauvaises influences. 
L'enfant aux mains d'un parent aliénant devient une arme redoutable à partir du moment où la sujétion est complète, car grâce à lui le parent abusif va obtenir beaucoup d'avantages. Pour commencer, il parvient à se faire passer pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire un parent attentif, aimant et dévoué. En changeant son histoire personnelle, ce parent se fait d'abord passer pour une victime des mauvais traitements de l'autre parent. Ce dernier étant désormais absent, il n'a plus la possibilité de réfuter cette transformation de la réalité. Son avis importe guère d'ailleurs, puisque le parent abusif a fait le vide autour de lui. Il prend soin de ne s'entourer dorénavant que de personnes qui sont soit naïves et qui croient les fables qu'on leur raconte, soit indifférentes aux problématiques sous-jacentes que ce genre de parent se garde bien de révéler. 
L'enfant assiste donc au spectacle assez incroyable d'un parent mis sur un piédestal qui est pourtant l'unique cause de sa souffrance. L'emprise psychologique que l'enfant subit va progressivement altérer sa perception de la réalité au point de lui faire acquérir les réflexes de son mentor, qui se place désormais comme le seul modèle fiable. 

Paradoxalement, la confusion produite par l'abus va valider le mode opératoire du parent aliénant et garantir que l'enfant s'identifie à son agresseur et adopte ses schémas mentaux et sa façon d'agir. Par conséquent, l'enfant va faire siens le mensonge, la dissimulation, la lâcheté ainsi que la cruauté de son mentor. Baignant dans ce milieu délétère, sans aucune capacité d'acquérir d'autres valeurs, l'enfant se transforme en complice du parent aliénant. Ce qui rend tout rapprochement avec le parent rejeté illusoire, car ceci implique nécessairement que l'enfant doive alors renoncer à ce qu'il est devenu. Sans intervention forte qui exige un éloignement complet du milieu pathogène, il n'y a généralement aucune possibilité d'inverser l'aliénation. Il s'agit bien d'un processus de transformation de la personnalité très comparable à celui de l'endoctrinement sectaire, qui finit par briser la volonté d'autonomie de celui qui en est sujet.